JDD DU 25 NOVEMBRE 2018

JDD Sire, entendez-vous la colère?A l’automne 2018, le prince Emmanuel fut pris en grippe par une partie de la ­population du royaume. Ses ­tentatives ­maladroites pour renouer avec le petit peuple échouèrent les unes après les autres. On ­reprochait au prince son arrogance et son manque d’empathie pour les plus démunis. Ce fut la hausse du prix des carburants au nom de la ­transition écologique qui déclencha ce que l’on appela « la révolte des Gilets jaunes ». Au commencement, le prince prit cette révolte de haut, conforté en cela par des conseillers aussi brillants intellectuellement que coupés des réalités quotidiennes :
– Ne vous inquiétez pas, Sire, ce ne sont que de vulgaires poujadistes, des manants même pas structurés, sans vrai chef et sans aucun bagage intellectuel. Que voulez-vous que ces gueux puissent faire contre vous? Le mouvement s’essoufflera de lui-même.
– Mais enfin, de quoi se plaignent exactement ces Gaulois réfractaires?
– De la hausse des taxes, d’être étranglés fiscalement, de ne pas arriver à s’en sortir…

S’ils trouvent le diesel trop cher, qu’ils achètent donc des voitures électriques! Tiens, je vais leur octroyer dans mon immense mansuétude une prime de 2.000 euros pour cela. Lors de la manifestation du 18 ­novembre, certains Gilets jaunes envisagèrent de marcher sur l’Elysée aux cris de « Macron, démission ». Terrés dans leur palais protégé par la maréchaussée appelée en ­renfort, le prince Emmanuel et la reine ­Brigitte oscillaient entre ­l’incompréhension de cette violence, le mépris pour cette colère irrationnelle et la peur d’un débordement fatal. Le fait que le ­nouveau chargé de la sécurité, ­Christophe le Castagneur, soit un sanguin connu pour son impulsivité n’était pas pour les rassurer.

Le lundi, le Premier ministre,le comte Edouard du Havre, qui ­semblait de plus en plus fatigué et préoccupé, assura que le prince entendait la colère du peuple mais qu’il gardait le cap. Garder le cap, comme le ­Titanic? Ah bon, il y a donc un cap, on ne s’en était pas aperçus, ironisèrent ses détracteurs.

Malgré le froid qui était tombé sur le pays, le mouvement perdura. Des gazetiers expliquèrent que c’était l’expression de la révolte de la France d’en bas contre la France d’en haut, de la France ­périphérique contre la France des villes, ou plus ­prosaïquement de beaufs ignares contre des bobos informés.

Au Palais, les conseillers continuaient d’être confiants :
– Ne vous inquiétez pas, Sire, les Français vont finir par être ­agacés par ces Gilets jaunes qui les ­empêchent de faire ­tranquillement leurs courses de Noël, les ­commerçants vont avoir un manque à gagner. Il suffit d’un ou deux ­incidents violents, de dérapages incontrôlés de casseurs et l’opinion se retournera comme une crêpe…

Le vendredi, on apprit que le prince Emmanuel ferait des annonces le mardi suivant. Céder ou garder le cap? Entendre ou ­écouter? Mieux expliquer pour accompagner? Les manifestations du samedi furent émaillées de violents débordements sans que l’on sût s’ils étaient le fait de ­casseurs extrémistes ou de Gilets jaunes grisés par toutes ces ­caméras braquées sur eux. On jeta des pavés sur la maréchaussée comme en Mai-68, on construisit des ­barricades comme en 1848 et on filma le tout avec des smartphones dernier cri comme en 2018. En regardant la plus belle ­avenue du monde saccagée sous le regard médusé de touristes ­tétanisés, on ne pouvait s’empêcher de se demander : « Un peu moins ­d’arrogance aurait-il permis d’éviter tout ça? »

 

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