JDD du 24 Février 2019

Une embellie en Macronie– Ça va mieux! Je remonte dans les sondages. Le soleil revient. On dirait bien que le mouvement des Gilets jaunes s’essouffle. Et puis, il y a les vacances de février, en France, tout s’arrête pendant les vacances scolaires. En anorak sur les pistes, en dégustant un chocolat chaud sur les cimes enneigées, les Français vont oublier qu’ils ne m’aiment pas.
– Je doute que les Gilets jaunes aient les moyens d’aller faire du ski, Monsieur le Président.
– Oui, c’est vrai. Moi qui adore la montagne, Brigitte m’a fait comprendre que, cette année, dans le contexte actuel, aller skier ne serait pas très heureux. Pourtant, reconnaissez que je slalome entre les difficultés avec brio. Tous mes efforts sont en train de payer. Sept heures trente avec les maires, une journée entière au Salon de l’agriculture. Je ne sais pas si je suis le meilleur des présidents, mais je suis l’un des plus résistants physiquement. Et puis le grand débat, quel succès! Il paraît qu’il y a déjà plus d’un million de contributions.
– Ça va prendre un temps fou d’analyser tout ça…
– On aura fini de dépouiller dans six mois, on proposera des mesures dans un an qui seront votées dans deux ans, juste avant ma réélection. Quel brillant sens du timing! Et puis c’est passionnant ce sondage grandeur nature. Connaître les attentes et les frustrations des Français, quelle source d’inspiration pour le marketing politique ! Pour les historiens et les sociologues, ça sera un témoignage formidable sur notre époque. D’après les premières remontées, il semblerait qu’il y ait un réel souci de pouvoir d’achat. On dirait même que pour de nombreux Français, parvenir à boucler les fins de mois est une véritable obsession.
– Etait-il besoin d’organiser un grand débat pour s’en apercevoir, Monsieur le Président?
– Reconnaissez ma grande habileté. Il y a deux mois, tout juste si l’on ne voulait pas me couper la tête, et maintenant les Français me trouvent à nouveau sympathique.
– Il y a l’affaire Benalla quand même…
– Qui?
– Alexandre Benalla, votre ancien garde du corps.
– Ah oui, oui… Ce nom me dit vaguement quelque chose. Il est en prison, je crois… Je ne suis pas au courant parce qu’il y a une séparation des pouvoirs dans notre pays, à laquelle je suis très attaché.
– Le rapport du Sénat a pointé de graves dysfonctionnements dans votre entourage.
– Mon entourage, ça n’est pas moi! Il semble que certains aient voulu faire du zèle pour protéger cette personne mais je n’y suis pour rien, il s’agit d’initiatives personnelles totalement spontanées. Croyant plaire au roi, des courtisans ont menti pour protéger celui qu’ils croyaient être son favori mais le roi n’a rien demandé. Le roi n’était pas au courant.
– Et le contrat avec l’oligarque russe?
– J’ai été stupéfait d’apprendre cela. On se demande qui était vraiment ce sieur Alexis Benara et pour qui il roulait, in fine.
– Alexandre Be-na-lla, Monsieur le Président.
– Peu importe son nom. Je n’ai aucun rapport avec ce sinistre personnage qui a été mis sous écrou afin de me permettre de savourer tranquillement cette embellie bien méritée de ma popularité.

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