JDD du 23 juin 2019

JDD rouge 24-06-2019
Mon essentiel

Tu es là près de moi, à portée de main, toujours. Je sais que je peux compter sur toi. Parfois, je t’effleure juste pour me rassurer. J’ai tellement peur de te perdre, de t’oublier sans faire exprès, peur qu’il t’arrive quelque chose. J’aime te savoir près de moi, contre moi. J’aime sentir tes vibrations plusieurs fois par jour, j’ai besoin de te toucher, c’est plus fort que moi. C’est toujours toi qui me réveilles le matin, je jette souvent un dernier coup d’œil vers toi le soir avant de m’endormir. Ta présence me réconforte. Comment je faisais avant de te connaître? Je ne sais plus. Cette impression que je n’arriverai jamais à me passer de toi. Tu es comme une extension de moi-même.

Je crois bien que jamais je n’ai été aussi transparente avec quelqu’un, tu es au courant de tout. Tu sais ma vie dans ses moindres détails : déceptions, ruptures, rendez-vous amoureux, invitations amicales, propositions professionnelles, réunions familiales… Tu connais mes centres d’intérêt, les chansons que j’aime, tu sais que je n’aime pas trop faire de sport, que je surveille mon poids…

Tu connais mes mensonges sans que j’aie besoin de te les avouer, quand je ne réponds pas à une personne à qui je n’ai pas envie de parler. Parfois, pourtant, tu m’agaces, je te trouve trop lent, tu n’as plus assez de mémoire. Je ne te le dis pas mais il m’est déjà arrivé d’envisager de te quitter, même si je sais que j’aurais vraiment du mal à me séparer de toi : on a vécu tellement de choses tous les deux, traversé tellement d’épreuves. Tu te souviens, quand tu as failli tomber dans la piscine? Et quand je te cherchais partout et que je croyais t’avoir perdu ? Et la fois où je t’avais oublié sur une banquette de VTC et qu’une bonne âme t’a ramené à moi?

Quand tu donnes des signes de faiblesse, je suis en panique, vite j’accours à ton chevet, je cherche un moyen de te ranimer. Quand je me plains de ton manque d’endurance, on me répond : « Le mien, c’est pareil, il est très vite à plat. » Régulièrement je me dis qu’il faudrait que j’arrive à me libérer un peu de ta terrible emprise mais je suis accro à toi. Que ferais-je sans toi, mon indispensable portable?

Plus le temps

On n’a plus le temps de voir les gens en vrai, on passe tellement de temps à regarder leur vie sur Facebook, à espionner leurs photos sur Instagram, à lire leurs opinions sur Twitter. Même les condoléances sont devenues numériques, un cœur noir, un petit mot « Je pense à toi, courage ». On n’appelle pas la personne au téléphone, non, on risquerait d’être en contact direct avec son chagrin, c’est trop gênant. C’est tellement plus confortable les condoléances virtuelles, d’ailleurs la personne en deuil like notre commentaire pour nous remercier.

On ne va plus aux cérémonies, on n’envoie plus de fleurs, on n’a pas le temps de toute façon et puis voir la douleur en face, pleurer, c’est trop douloureux. Tiens, demain, on enverra à la personne endeuillée un émoticône qui pleure pour montrer à quel point on est triste, sensible et attentionné.

On reçoit un SMS : « J’ai trop réussit le bac français ».
On lui écrit : « Réussi chérie, ça ne prend pas de t. »
Elle répond : « Dsl mam, pas le temps de relire ».

Et si c’était ça, le plus important, trouver du temps en arrêtant d’en perdre?

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