JDD DU 2 DÉCEMBRE 2018

JDD Les Gilets jaunes vus d'en hautA Matignon

– Trouvez-moi des gilets jaunes responsables pour discuter! Je souhaite établir une concertation, avoir des échanges fructueux, comprendre la raison de cette colère pour mieux y répondre.
– Les gens ne s’en sortent plus, monsieur le Premier ministre. Vous avez vu cette auxiliaire de vie scolaire, mère de trois ados, qui a entamé une grève de la faim parce qu’elle n’y arrive plus? Il faudrait faire un geste pour aider tous ces travailleurs pauvres.
– Si on pouvait, on le ferait. Les caisses de l’Etat sont vides. Si vous croyez que c’est facile d’être Premier ministre en ce moment! Macron voyageur qui se barre à l’étranger dès qu’il le peut et vexe les gens dès qu’il ouvre la bouche, Castaner qui se prend pour un cow-boy, Darmanin qui n’en rate pas une, la secrétaire d’Etat à la Transition écologique qui conseille aux gens d’acheter des voitures électriques d’occasion… Et l’impôt à la source qui arrive dans un mois, ça n’est pas très heureux comme timing. Moi aussi, parfois, j’ai envie de tout envoyer balader pour exprimer mon ras-le-bol… Tiens, je mettrais bien un gilet jaune!

Chez François Hollande

– Quelle tristesse, quel désastre. Il fait moins le malin, Jupiteux!
– Quel besoin aussi aviez-vous de dire que vous soutenez les Gilets jaunes…
– Je soutiens ceux qui manifestent pacifiquement mais je condamne évidemment ces violences inacceptables. A force de dire que les partis étaient démodés, Manu l’enchanteur a accouché d’un nouveau type de contestation, ingérable parce que, justement, les partis en sont exclus. Il voulait transformer la France en start-up nation, il a juste provoqué un bordel sans nom.

Au G20

– Vous avez bien briefé tous les ministres? Je ne veux aucun commentaire insultant comme la semaine dernière : 6 février 1934, peste brune… Les ministres doivent condamner les violences tout en comprenant la colère.
– Il aurait fallu dire ça il y a quinze jours. Là, hélas, le mouvement s’est durci.
– Ça va s’essouffler avec le froid, les fêtes, le ras-le-bol des commerçants qui perdent du chiffre, l’opinion qui va condamner ces violences destructrices. Tout s’essouffle tôt ou tard. Regardez, moi, quand j’ai été élu, j’étais enthousiaste ; au bout d’un an et demi, je suis essoufflé, rincé, crevé.
– Pour calmer cette colère, monsieur le Président, il faudrait retrouver le contact avec le peuple, donner l’impression à tous ces gens que vous les considérez, que vous les comprenez, que vous les aimez.
– Mais je ne suis pas à gauche, enfin! Je l’ai assez dit et répété! Vous ne voudriez pas que j’enfile un gilet jaune, non plus!

Au G20 à côté de chez moi

La responsable de la supérette a baissé le rideau de fer. Elle crie : « Les Gilets jaunes ont dit qu’ils allaient casser tout le magasin! » Des bénévoles de la banque alimentaire attendent avec leurs cartons mouillés sous la pluie que le magasin rouvre. Le marchand de fruits et légumes, paniqué, remballe son étal. « Ils arrivent! » Une femme en gilet jaune passe et crie : « Désolée m’sieurs-dames pour le dérangement mais on n’en peut vraiment plus! » Un bataillon de CRS avance, une voiture de pompiers arrive puis repart. Des Gilets jaunes déambulent par petits groupes, des badauds filment les poubelles renversées et les vitrines cassées. La fumée des lacrymogènes pique les yeux. Il y avait comme une ambiance de guerre civile, ce samedi, dans les rues du 8e arrondissement de Paris.

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