Le Parisien – août 2016

Rien n’effraie Anne Roumanoff, pas même le vide parisien de l’été. Son spectacle « Aimons-nous les uns les autres » de retour à l’Alhambra, dans une version largenment remaniée, ne désemplit pas depuis sa reprise le 26 juillet. Le public ne s’y trompe guère : la cinquantaine rayonnante et assumée, l’humoriste semble au sommet de son art. Rythme parfait, interprétation au couteau, la Parisienne joue sur un fil en permanence, entre ironie et tendresse. Qu’elle interprète une charcutière en manque de sexe, une casteuse de téléréalité perfide ou une élue d’extrême droite qui tombe amoureuse d’un Tunisien pendant ses vacances, les rires fusent toutes les cinq secondes.
Les inconditionnels sont conquis d’entrée, mais même les plus réfractaires à ses jeux de mots parfois un peu faciles finissent par se laisser convaincre : derrière l’apparente bonhomie de ses personnages, Anne Roumanoff va plus loin que beaucoup d’humoristes de la nouvelle génération qu’elle tacle gentiment au passage.

Une excellente réactivité vis-à-vis de l’actualité

Un goûter d’anniversaire lui offre ainsi la tribune idéale pour débiter quelques réflexions bien senties sur l’éducation. Idem lors d’une réunion ministérielle, d’où ressort pleinement toute l’hypocrisie d’une énarque aux dents longues. Le spectacle, qui panache sketchs connus et inédits, offre également des moments d’émotion à l’évocation des attentats ou de la récente disparition de son père.
Au cours de son spectacle, la femme en rouge, habituée du canapé cathodique de Michel Drucker, abandonné peu à peu sa caricature pour laisser la place à une artiste désireuse de faire réfléchir son auditoire, grâce à une excellente réactivité vis-à-vis de l’actualité sociale et politique. Un vaccin antimorosité indispensable en ces temps troublés.

Raphaël Porier

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