De Sophia Aram à Anne Roumanoff, drôle d’ambiance en France

Sophia Aram et Anne Roumanoff n'ont pas grand chose en commun hormis d'avoir répondu aux sirènes de la télévision avant de se cogner à l'autel de l'audimat. Rappelez-vous, "Jusqu'ici tout va bien" et "Roumanoff et les garçons" sur France 2, deux "accidents industriels", comme le résume le milieu médiatique, qu'elles ont préféré faire oublier en remontant sur scène, leur vrai métier. En cette rentrée, Sophia Aram et Anne Roumanoff sont parmi les premières humoristes à présenter leur nouveau spectacle sur les planches parisiennes.   Chacune à leur manière, elles nous racontent les tensions de la société française. Une société inquiète et divisée pour l'une, larguée et râleuse pour l'autre. La comparaison entre ces deux one-woman-show s'arrête à leur volonté d'améliorer le "vivre ensemble" et à la sincérité de leurs propos. Pour le reste, Anne Roumanoff se veut compréhensive et consensuelle quand Sophia Aram assume, avec un certain courage, d'être clivante. Allez, je vous entends déjà parier que "Le Monde" aura forcément une préférence pour Sophia Aram, la "gauchiste" label France Inter. Je le croyais aussi, gardant un très bon souvenir de son précédent spectacle "Crise de foi" qui mettait dos à dos les trois religions monothéistes, et n'ayant jamais été emballée par l'humour de comptoir d'Anne Roumanoff. Mais les choses sont plus compliquées que cela....   Anne Roumanoff, "soyons tolérants" Avouons-le d'emblée, le nouveau spectacle d'Anne Roumanoff constitue plutôt une bonne surprise. Alors qu'on en était resté à son "Radio bistro" chez Drucker - ou comment traiter l'actualité avec aussi peu de finesse que l'humour se transforme en déprime -  l'humoriste à l'éternelle liquette rouge convainc bien davantage en show woman qu'en pilier de bar du dimanche soir. Anne Roumanoff a rencontré le succès public sans que la critique s'y intéresse. Trop populaire, sans doute. Elle revendique d'être l'humoriste des gens ordinaires et de faire du quotidien sont terrain de prédilection. Assez bonne définition. Depuis le 30 juillet elle s'est installée sur la scène de l'Alhambra à Paris pour "Aimons-nous les uns les autres", un titre en forme d'appel à la tolérance. Dans un décor sans saveur paré de trop gros coeurs, l'ancienne diplômée de Sciences po, entrée certaines années dans le top 50 du JDD des personnalités préférées des Français, débarque le sourire aux lèvres devant une salle comble. Elle aura 50 ans dans quelques jours et s'interroge sur la déprime de la société française.   Les Français sont des râleurs, elle en fait son beurre "Y a une bonne ambiance en ce moment en France, vous ne trouvez pas ?" Le ton est donné et le public semble n'attendre que cela: qu'on lui parle de lui; de ses travers, de ses énervements, de ses (multiples) sujets de mécontentement. Les Français sont des râleurs, Anne Roumanoff en fait son beurre. "Le peuple français est tellement complexe que personne ne le comprend, même pas vous. les Français veulent que ça change mais ils ne sont pas contents quand ça ne reste plus pareil", fait-elle dire, accent à l'appui, à une touriste américaine assise à une terrasse à Paris et qui désespère de trouver un serveur pour commander un café. Très vite on retrouve son personnage de la bouchère, mariée depuis 35 ans à Jean-Claude. Miroir des petites gens qu'Anne Roumanoff croque plutôt bien. Pour relancer sa vie sexuelle, en ces temps de succès planétaire de Cinquante Nuances de Grey, la "femme à Jean-Claude" a testé le film porno :"ça m'a déprimé: quand on voit ce qui existe et ce qu'on a..."  Elle est comme toute le monde cette commerçante, elle s'inquiète (un peu) pour la Grèce et (beaucoup) pour ses petites économies; ne comprend rien aux AAA ni à qui on doit ces milliards de dettes dont on nous parle sans cesse.   L'air du temps Mais c'est lorsqu'elle se moque sans ménagement de parents d'élèves fatigués et fatigants, d'une animatrice-manipulatrice de télé-réalité, d'une conseillère municipale FN qui tombe amoureux d'un Tunisien ou qu'elle croque - dans un mariage gay - la mère de la mariée qui noie sa déception dans le champagne en concluant son discours par "mieux vaut un mariage gay heureux qu'un mariage hétéro où on se fait chier" qu'Anne Roumanoff capte au mieux l'air du temps. Dommage qu'elle reprenne quelques minutes son "Radio bistro" pour dire qu'un cyclone (Sarkozy) a été remplacé par un trou d'air (Hollande). On s'en serait passé d'autant que sa fable politique "Le coq, le pigeon et la brebis" a bien plus de tenue et de profondeur. Sandrine Blanchard Le Monde – Blogs : http://rires.blog.lemonde.fr/2015/09/14/de-sophia-aram-a-anne-roumanoff-drole-dambiance-en-france/
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