Anne Roumanoff : Du mordant !

photo-antoine-cartier_2518923_418x405pAnne Roumanoff est à L'Alhambra avec son nouveau spectacle « Aimons-nous les uns les autres ». Son « prêche » parodique pique là où ça fait mal avec un malin plaisir.
Depuis le temps qu'elle occupe le terrain du « One woman show », Anne Roumanoff s'est taillé une place à part dans le registre comique féminin où la concurrence est rude. Celle d'une chansonnière qui a le chic pour commenter les sujets d'actualité, égratigner nos travers, railler notre quotidien, depuis la téléréalité jusqu'à nos hommes politiques. Sur scène, à la radio et à la télévision, toujours vêtue de rouge, cette « quadra légèrement corpulente et lourde d'expérience », selon sa propre formule, a su imposer son style loufoque, sa voix haut perchée, ses brèves de comptoir style « Radio Bistro » tirées de l'émission « Vivement dimanche ».
Le sens de la formule choc
Depuis fin juillet, Anne Roumanoff est à L'Alhambra avec son nouveau spectacle au titre évangélique, « Aimons-nous les uns les autres », au fil duquel elle ne prêche pas la bonne parole mais s'énerve de la bêtise ambiante et de ce bonheur qui nous échappe, faute de savoir le saisir dans une société stéréotypée. Et si elle nous entraîne dans une église, c'est pour chanter tous en choeur : « Ave, ave, ave Pôle emploi, on croit tous en toi ». C'est une fine mouche qui a du mordant, le sens de la formule choc et des mots choisis (avec son complice en écriture Gil Galliot) qu'elle balance avec une fausse candeur, armée d'un solide bon sens populaire. Elle pique là où ça fait mal avec un malin plaisir, alignant les vacheries sur nos gouvernants, François Hollande en tête. Sans oublier les autres, Valérie Trierweiler qui, avec son best-seller, a prouvé mieux que la ministre de la Culture Fleur Pellerin le goût des Français pour la lecture. Comme il se doit, elle n'oublie pas de piétiner le terrain fertile de l'administration, de la communication et de l'éducation. Du pain béni pourrait-on dire pour cette paroissienne politique formée à Science Po.
De la gravité entre deux éclats de rire
Parodique, elle prie pour « les sans-dents » ou encore pour « notre banque qui est odieuse », se glissant avec gourmandise dans la peau de personnages invraisemblables et pourtant si justes : le coach canadien parti en guerre contre les mauvaises toxines du public, l'énarque égaré dans ses concepts sur l'entreprise et le patron, la conseillère municipale Front National, cette Américaine qui critique le pessimisme français ou encore Madame Lemonsu, cette bouchère qui tente de redonner de la vigueur à son ami, Jean-Claude. Rien n'échappe à cette observatrice pertinente de nos moeurs qui, entre deux éclats de rire, devient plus grave lorsqu'elle aborde la tragédie de « Charlie Hebdo » ou des figues imposées comme les méfaits du populisme ou le mariage gay. Petites parenthèses dans un spectacle en roue libre mené tambour battant.
Jean-Luc Wachthausen - 6 septembre 2015 © Le Télégramme - Plus d’information sur http://www.letelegramme.fr/loisirs/anne-roumanoff-du-mordant-06-09-2015-10763572.php
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